Samedi 6 octobre 2018
Journée du CPCT-Paris

CPCT-Paris : Je reprends l’intitulé de la journée du CPCT-Paris qui aura lieu le 6 octobre, « un lien social sans commune mesure » et le sous-titre, « singularité de la clinique et discours analytique». Quels parallèles ou oppositions vous inspirent ces deux syntagmes et comment les explicitez-vous ?

Jean-Daniel Matet : D’une part, il faut souligner que ce terme de lien social a été introduit par Lacan pour parler autrement de la société, terme très en vogue dans les années 60-70. Lacan considérait qu’il était trop vague pour traiter de la civilisation, ou encore de la culture au sens de Freud. Il s’agissait de dire quelque chose de ce qu’est le lien social pour la psychanalyse, lien social sans commune mesure parce qu’effectivement, il est différent des autres liens sociaux et en particulier du fait du transfert. C’est un lien inédit qui s’épure au fur et à mesure de la cure, jusqu’à pouvoir faire un analyste, éventuellement. C’est comme ça que j’entends le « sans commune mesure ». Il faut aussi souligner que pour parler du lien social, Lacan a utilisé les discours et que c’est par ses formules, par ses mathèmes des discours qu’il nous transmet ce qu’il en est du lien social, des relations du sujet à l’inconscient, à ses objets, au corps dans les différents discours. Alors, l’autre partie du titre, « singularité de la clinique et discours analytique », reprend ça au sens où ce que cherche à saisir la clinique analytique, c’est le plus singulier de chacun, c’est-à-dire ce qui a fait sa rencontre singulière avec le langage, qui a fait d’un parlêtre une rencontre singulière d’un organisme et du langage, rencontre initiale de l’organisme avec lalangue et fait advenir un corps. Donc, c’est ma manière de lire ces deux titres.

CPCT-Paris : Particulièrement qu’a de spécifique le lien social au CPCT ?

J-D. M. : Précisons que dans le cadre du CPCT, l’accent sera mis sur la dimension clinique au sens où les CPCT n’ont pas vocation à former des psychanalystes, ce qui ressort du travail des Écoles. Ils concourent à former à la clinique et à développer notre manière de concevoir l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse dans un cadre donné. Le cadre des CPCT est un cadre très précis, avec la limitation du nombre de séances, des traitements gratuits, avec finalement des personnes qui viennent là sans s’adresser directement à un analyste. Ils viennent là, vers une institution qui s’appelle CPCT, même si cette institution est marquée de la psychanalyse. C’est un point très intéressant et très particulier de constater que les personnes qui s’adressent à nous dans les CPCT ne s’adressent pas à un psychanalyste comme tel, teintant le transfert de cette dimension-là. C’est pour cela qu’on peut se permettre de limiter le nombre de séances, d’une part du fait de la gratuité qui ne s’inscrit pas dans un projet philanthropique, mais en revanche, c’est un laboratoire pour mettre à l’épreuve ce lien là. Cela est important à souligner.

On vient donc au CPCT pour chercher à débrouiller le malaise qui est le sien à un moment donné sur une question précise. Il faut vraiment mettre l’accent sur le fait que les psychanalystes consultants du CPCT cherchent à aider celui qui vient à isoler la problématique sur laquelle il va pouvoir travailler. Quand on fait une analyse, on aborde tous les coins et les recoins de son histoire pour l’épurer jusqu’au terme. Ce n’est pas ce qu’on fait au CPCT, parce que ce n’est pas l’enjeu, qu’on n’en a pas le temps. Les conditions n’y sont pas. Donc, il faut centrer sur une question, une problématique symptomatique. Qu’est-ce qui mérite d’être traité sur ce mode là et qui va permettre au sujet qui vient là, soit d’aller voir un analyste à un moment donné, soit de repartir avec un petit arrangement symptomatique ou sinthomatique qui va lui permettre de continuer son existence ? C’est comme ça que j’entends la chose et que je conçois la pratique au CPCT.